Le don dans les relations du Product Owner avec le vivant et avec l'équipe

Cet article est une version revue d'un texte d'abord paru dans l'ebook L'agilité comme une extension du domaine du don publié par le collectif Agile Radical à l'occasion du calendrier de l'avent

Le don dans les relations du Product Owner avec le vivant et avec l'équipe

Suite de l’étude des relations du Product Owner dans son écosystème, perçues selon le paradigme du don étendu :

Demander - Donner - Recevoir - Rendre

Après les relations avec les parties prenantes et les utilisateurs, voici, avec l’exemple de Lucas (le Product Owner de PermaBio) celles avec le vivant et l’équipe.


Le don pour prendre en compte l’impact sur le vivant

Lucas se préoccupe des écosystèmes naturels

Lucas est sensible à la réduction des déchets et à leur recyclage. C’est pourquoi il a proposé la story compostage et qu’il la pousse en affinage du backlog.

Il se préoccupe également du prélèvement sur les écosystèmes naturels lié au développement du service. Il va en parler à l’équipe, est-ce qu’il a des moyens de diminuer la quantité d’énergie nécessaire pour les serveurs ?

Il réfléchit à tout ça en se promenant fréquemment au bord du canal ; dans ces lieux où il y a des arbres et de l’eau, il entre en résonance avec le vivant (et la musique qu’il écoute).

La gratitude comme élément du don

PermaBio se définit comme un fournisseur de service de fruits et légumes à domicile. Ces fruits et légumes viennent des champs en permaculture de PermaBio ou de ses partenaires.

Si on n’a pas lu le dernier livre de Baptiste Morizot1, on va dire que PermaBio est producteur. Cependant, Morizot nous entraine à bien saisir que c’est le vivant qui produit tout ça. Les maraichers ne produisent pas de tomates ou de chouraves, ils aident, du mieux qu’ils peuvent, le vivant (la terre avec ses vers de terre et tous les autres organismes) à les produire.

L’esprit de la permaculture c’est de respecter le don que nous fait le vivant.

En voici un exemple avec le cycle du don symbolique (DDRR) :

  • PermaBio (dont Lucas est le PO) plante des graines, ce qui correspond à une demande au vivant de les faire pousser
  • Le vivant produit des fruits et légumes (il donne)
  • PermaBio récolte (reçoit)
  • PermaBio rend à la terre le compost provenant des fruits et légumes.

Comme cela se pratiquait dans les sociétés primitives, PermaBio fait preuve de gratitude en rendant au vivant, afin que celui-ci puisse continuer à donner de la nourriture.

Des cycles diaboliques avec le vivant

Les exemples d’ingratitude envers le vivant ne manquent pas : cela se manifeste par de multiples déviances qui conduisent au cycle diabolique (IPRG).

En voici quelques-unes :

  • ignorer le besoin de diversité du vivant en lui injectant des pesticides ou en mettant des graines OGM
  • prendre tout ce qui est produit pour l’envoyer à l’autre bout du monde
  • refuser les fruits et légumes mal calibrés qui vont être jetés
  • garder les surplus plutôt que de les distribuer à ceux qui en ont besoin.

Si on se focalise sur le développement du service et l’impact du numérique, des cycles diaboliques proviennent des technologies utilisées qui bien souvent dégradent les écosystèmes vivants.

Dans le cycle diabolique du don, c’est Prendre qui reflète le mieux les prélèvements de l’industrie du numérique :

  • l’extraction des métaux rares pour les composants utilisés dans les matériels (cobalt, etc.),
  • la consommation d’énergie pour développer et exploiter les services.

Certes la technologie peut aussi avoir un impact positif et il est envisageable de mieux équilibrer la relation, c’est l’ambition de l’économie symbiotique2.

Cependant, on constate beaucoup d'ignorance dans les relations des entreprises du numérique envers le vivant, ignorance parfois camouflée avec du marketing, ce qui donne le green-washing.

Le don au sein de l’équipe agile

Une équipe agile est constituée de 5 à 7 personnes, avec deux rôles significatifs, celui joué par Lucas et celui de Scrum Master, tenu par Sarah. Elle n’est vraiment agile que grâce à la richesse des relations entre ses membres. Voici deux exemples, toujours avec le point de vue du Product Owner.

Lucas coopère avec Sarah pour l’affinage

Comme tous les jeudis, Lucas rencontre Sarah pour préparer l’affinage du backlog qu’il anime ensuite avec l’équipe. Ils conversent ensemble afin de s’assurer qu’il y aura de quoi alimenter l’équipe pour le prochain sprint, pour éviter les à-coups dans le rythme.

Lucas annonce à Sarah qu’il va présenter la nouvelle story sur le paiement. Sarah lui indique qu’elle ne va pas être facile à réaliser dans le sprint car Mehdi qui connait le mieux le sujet est pris par une formation.

Lucas fait la paire avec Nathan

Pendant le sprint, Lucas rencontre souvent le reste de l’équipe. Il participe à la mêlée et c’est une bonne habitude qu’il reste discuter avec les développeurs à la suite de ce rite quotidien. Ces conversations permettent de confirmer que la fonction à développer a été bien comprise par tous.

Il lui arrivera de constituer un binôme avec un développeur comme Nathan (comme on le voit sur le dessin), pour que celui-ci lui montre, sur son environnement de développement, le fonctionnement de la story sur laquelle il travaille et lui fasse part d’une nouvelle idée pour l’améliorer.

En conclusion

Ces deux exemples pris dans une journée de Lucas nous suggèrent que les dons fréquents et sincères au sein de l’équipe sont efficaces.

  • Considérer les relations d’une équipe (à travers le PO) avec le vivant selon le paradigme du don, c’est prendre en compte la valeur écologique.
  • Considérer les relations de l’équipe selon le don, c’est se préoccuper des personnes et donc créer de la valeur sociale.

Cet article est le dernier de la série sur mon blog ; cependant l’ebook publié à l’occasion du calendrier de l’avent contient deux autres parties :

  • une avec le point de vue du Scrum Master,
  • la dernière qui présente le mob programming.

Vous trouverez l’ebook sur le site Agile Radical.


  1. Raviver les braises du vivant, 2020, Actes Sud ↩︎

  2. L’économie symbiotique, Isabelle Delannoy, 2017. ↩︎

Voir aussi