Le management agile

Pour devenir agile, le manager doit lâcher prise.

Le management agile

En mai, une journaliste m’a demandé une interview sur l’agilité. C’était pour le magazine en ligne L’express-RH/Management, pas le genre que je lis, mais la journaliste était sympa et j’ai répondu avec plaisir à ses questions.

Son article est paru fin mai, il s’appelle :

Comment devenir un adepte du management “agile” ? Des experts nous répondent

Je suis un des deux experts qui ont répondu. L’autre est Jérôme Barrand, que j’avais rencontré dans un Agile Grenoble en 20101. Lui se positionne vraiment sur le management agile.

La lecture complète de l’article, pourtant court, nécessite de s’abonner.

Je publie quelques extraits ci-dessous avec mes commentaires. C’est intéressant de voir comment mes paroles ont été reçues et interprétées par la journaliste. Elle m’a fait lire l’article avant la publication et je lui avais quelques retours qu’elle a pris en compte dans l’ensemble.

Le début de l’article

Titre et sous-titre

Comment devenir un adepte du management “agile” ? Agile n’est pas flexible ! Attention aux faux amis car dans le monde du management, l’agilité est un fonctionnement qui vise la qualité.

Personnellement je n’emploie pas volontiers management agile mais bon l’article portait là-dessus. J’ai essayé de l’orienter vers le rôle du manager quand il est en relation avec des équipes agiles. On en parle à la fin de l’article. Ne pas confondre flexibilité et agilité, je suis content qu’elle ait repris ça et l’ait mis en sous-titre.

Mon expert préféré du management agile, c’est Claude Andrieux. C’est lui qui en parle le mieux : management agile sur LinkedIn.

Manifeste

Du 11 au 13 février 2001, à l’hôtel The Lodge de Snowbird (Utah), dix-sept personnes du monde informatique se sont réunies pour discuter, skier et bien sûr, pour manger, dit la légende. En est ressorti le manifeste “Développement logiciel” agile. Le Manifesto. Celui que chaque manager se doit de posséder dans son bureau, son casier, son disque dur et surtout dans sa mémoire vive.

Sors du Manifesto, mantra hippie !

C’est moi qui lui ai parlé du Manifeste lors de l’interview, je vois qu’elle a creusé le sujet, qu’elle ne connaissait pas. J’aime bien mantra hippie même si ça ne correspond pas tout à fait au niveau temporel (moi j’étais hippie au début des années 70). Je suppose que c’est inspiré par le fait que les auteurs du Manifeste se définissent comme des anarchistes organisationnels.

Manifeste agile

Voir en complément mon interprétation radicale du Manifeste.

La façon de travailler

On travaille sur un projet en mode équipe, on s’adapte, on présente une version correcte au donneur d’ordre qui a le droit de dire ce qu’il attend, et on continue. On poursuit avec l’acquis. Ou pas.

L’auteure présente ici la façon de travailler en agilité, l’aspect itératif. C’est quelque peu maladroit, en particulier avec l’utilisation de donneur d’ordre. Le manifeste dit client, ce qui n’est pas terrible non plus, il vaudrait mieux parler de l’utilisateur.

Agilité versus taylorisme ?

… Donc, oublier le taylorisme ? “La confusion principale est que l’agilité vient en opposition ou en substitution au taylorisme”, répond l’auteur de l’ouvrage Le management agile (Dunod, 2017).

Cette partie est issue de son dialogue avec Jérôme Barrand, qui considère donc que l’agilité ne vient pas en opposition ou en substitution au taylorisme. C’est un point avec lequel je suis en désaccord, pour les domaines où l’agilité va bien (on en parle plus bas).

Dans mon interview je lui avais abondamment parlé des risques de faux-agile quand on met en oeuvre l’agilité dans un contexte qui est resté culturellement tayloriste. Je présente l’agilité comme un nouveau paradigme qui s’oppose ou se substitue au taylorisme, dans mes livres ou dans cet article sur les boucles.

La fin de l’article

L’agilité, pour quoi ?

“L’agilité est faite pour le knowledge world (domaine de la connaissance), c’est-à-dire le numérique et au-delà. On exclut les tâches répétitives. On s’appuie sur une équipe auto-organisée”, explique Claude Aubry, consultant, et auteur de Scrum- Un outil convivial pour une agilité radicale (Dunod, 2022).

On parle de domaine de la connaissance, mais cela ne vient pas de knowledge world, mais knowledge work. Le terme vient de Peter Drucker, un gourou du management. Cela est présenté dans L’art de devenir une équipe agile et repris dans ce tuto Pourquoi l’agilité ?.

Le modèle agile

Pour l’expert de l’agilité selon Scrum, “il n’y a pas de chef de projet dans une équipe agile mais le “Scrum master” est le leader naturel désigné, sans rôle hiérarchique, qui facilite la coopération dans l’équipe. A côté, le “product owner”, orienté produit qui priorise et porte la vision, parfois discutée avec le sponsor ou le manager”. Il définit la stratégie, quand l’équipe auto-organisée s’occupe de la tactique.

Le modèle utilisé est celui de “boucles” successives où les équipes travaillent sur les parties qui apportent le plus de valeur. “La boucle principale a une durée fixe et elle s’appelle “le sprint” (deux ou trois semaines) pour montrer aux utilisateurs un résultat qui fonctionne afin d’avoir leur feedback.

Et on recommence une autre boucle pour améliorer le produit en prenant en compte leurs nouvelles demandes”, précise le concepteur de L’art de devenir une équipe agile (Dunod, 2019). Hymne à la pluridisciplinarité, à l’auto-organisation pour en finir avec les silos.

Bon, je retrouve ici les deux points fondamentaux que j’ai essayé de faire passer dans l’interview : l’équipe auto-organisée et les boucles orientées utilisateur.

Le manager doit lâcher prise

Et surtout : “Le manager doit lâcher prise : son devoir est de la mettre en confiance en arrêtant le contrôle. Croire qu’avec l’agilité, le manager peut imposer plus facilement à l’équipe de travailler sur une urgence, c’est la confondre avec de la flexibilité. Du faux agile qui conduit à une perte de qualité sur le résultat.”

Merci Claire Padych d’avoir conclu sur ce message, dans un article à destination des managers. L’importance de ce lâcher prise, on la trouve notamment dans la préface de mon dernier livre.

Voir aussi